L'UE propose un ralentissement de la réduction du plafond d'émissions et une prolongation des quotas gratuits dans le cadre de la réforme du marché du carbone
La Commission européenne souhaite réduire le plafond annuel des quotas d'émission à un rythme plus lent et prolonger les allocations gratuites jusqu'en 2038, répondant aux pressions de l'industrie et des États membres sur la compétitivité.
Ce que la proposition change
La Commission européenne a dévoilé vendredi des plans pour réformer le système d'échange de quotas d'émission de l'UE, le principal outil de politique climatique du bloc. Le taux annuel de réduction du plafond d'émissions passerait de 4,3 % actuellement à environ 3,7 % à partir de 2031, puis à 1,7 % à partir de 2036. Les quotas de carbone gratuits, qui devaient prendre fin en 2034, seraient prolongés jusqu'en 2038, mais avec des conditions : les entreprises recevraient 80 % des allocations gratuites d'avance seulement si elles publient des plans d'investissement pour la décarbonation, et les 20 % restants après la réalisation de ces investissements. La Commission souhaite également exiger des États membres qu'ils réinvestissent 50 % de leurs recettes du SEQE dans les industries nationales ; actuellement, seulement environ 10 % des 260 milliards d'euros générés depuis 2013 sont consacrés à la décarbonation, selon le commissaire au climat Wopke Hoekstra. La proposition étendrait également le SEQE à l'incinération des déchets municipaux, aux vols dans un rayon de 5 000 km d'un point central en Europe (affectant les routes vers l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, mais pas la Chine ou les États-Unis), et aux jets privés pour la première fois.
| Actuel (jusqu'en 2030) | Taux annuel de réduction du plafond de 4,3 % |
|---|---|
| 2028 (précédemment prévu) | Taux devant passer à 4,4 % |
| 2031-2035 (proposé) | Taux abaissé à 3,7 % |
| 2036-2040 (proposé) | Taux encore réduit à 1,7 % |
| 2034 (fin précédente) | Les quotas gratuits devaient prendre fin |
| 2038 (proposé) | Les quotas gratuits prolongés jusqu'en 2038 |
Pressions politiques et réactions
La réforme répond à des pressions intenses de l'industrie et d'au moins dix États membres de l'UE, dont l'Italie et la Pologne, qui estiment que le SEQE nuit à la compétitivité et maintient des prix de l'énergie élevés. L'Italie a condamné le système comme une taxe de fait. La ministre polonaise du Climat, Paulina Hennig-Kloska, a qualifié la proposition de « grand succès pour la Pologne » et a déclaré que Varsovie continuerait à pousser pour affaiblir davantage la politique. Le commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, a défendu les changements comme une « approche plus favorable aux entreprises et, si je puis dire, plus avisée » et a insisté sur le fait qu'ils restent pleinement alignés sur l'objectif climatique de l'UE pour 2040 d'une réduction de 90 % des émissions. Peter Liese, un dirigeant chrétien-démocrate au Parlement européen, a salué la proposition, déclarant qu'elle montrait que le SEQE ne serait pas aboli et récompenserait ceux qui investissent dans la neutralité climatique. Mais Linda Kalcher, directrice exécutive du groupe de réflexion Strategic Perspectives basé à Bruxelles, a déclaré que le plan « ressemble à un cadeau pour que les entreprises retardent leurs réductions d'émissions alors qu'en réalité, cela les place dans une position de désavantage concurrentiel par rapport aux entreprises chinoises qui accélèrent ».
L'industrie en demande plus
Les groupes industriels ont réservé un accueil mitigé. Wolfgang Große Entrup, président de l'association de l'industrie chimique allemande VCI, a qualifié les propositions de « dangereux écran de fumée » et a déclaré que la protection du climat ne doit pas conduire à la désindustrialisation. Marie Jaroni, PDG de Thyssenkrupp Steel, a déclaré que la réforme envoyait un signal important, mais a exhorté à suspendre la hausse drastique des coûts du CO₂ jusqu'à ce que des infrastructures clés telles que l'électricité verte abordable et les réseaux d'hydrogène soient en place. Le producteur d'engrais SKW Piesteritz a exigé une exemption pour les engrais du SEQE, mettant en garde contre de nouvelles dépendances. Le conseil économique de la CDU a critiqué les conditions attachées aux quotas gratuits comme une « orientation des investissements de type économie planifiée ».
Contexte climatique et prochaines étapes
Le SEQE a entraîné une réduction de 47 % des émissions des secteurs couverts depuis 2005, et la Commission affirme que la nouvelle trajectoire soutient toujours l'objectif de 2040. La proposition intervient alors que l'Europe connaît des vagues de chaleur extrêmes et des incendies de forêt ; l'Europe occidentale a enregistré son mois de juin le plus chaud jamais enregistré. Le plan doit maintenant être négocié par les pays de l'UE et le Parlement européen, un processus qui devrait prendre environ un an.
Sources
- EU to revamp carbon market to ease pressure on industry
Reuters · 17 juil. - Reform des EU-Emissionshandels: Die wichtigsten Antworten
SRF News · 17 juil. - EU proposes slowing down cuts to carbon emissions for businesses
BBC · 17 juil. - ETS-Reform der EU: Klimaschutz auf Europäisch? Das ist möglich!
ZEIT ONLINE · 17 juil. - Europe's most effective tool to cut greenhouse gas emissions 'risks being weakened'
The Guardian · 17 juil. - ETS: Industrie fordert Nachbesserungen an Reform des EU-Emissionshandels
Handelsblatt · 17 juil. - E.U. Proposes Changes to Emissions Trading System
The New York Times · 17 juil. - Geteilte Reaktionen auf EU-Vorschlag zum Emissionshandel
tagesschau.de · 17 juil.