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La grand-maître d'échecs Judit Polgár décline l'offre de la présidence hongroise, infligeant au nouveau Premier ministre Péter Magyar son premier revers depuis sa victoire électorale d'avril

La grand-maître de 49 ans, considérée comme la plus grande joueuse d'échecs de tous les temps, a déclaré ne pas avoir la force d'assumer la « responsabilité historique d'unir une nation divisée » après que le président sortant Tamás Sulyok a été contraint de quitter ses fonctions par un amendement constitutionnel le 18 juillet.

L'offre et le refus

Le projet du Premier ministre hongrois Péter Magyar de nommer la légende des échecs Judit Polgár à la présidence du pays s'est effondré lundi soir 20 juillet, lorsque la grand-maître de 49 ans a annoncé qu'elle n'accepterait pas la nomination. Polgár, qui a pris sa retraite des échecs de compétition en 2014 et a passé 26 ans au sommet du classement mondial féminin, a publié sa décision sur les réseaux sociaux après une journée de pression publique croissante autour de cette candidature surprise.

Je ne me sens pas la force d'assumer la responsabilité historique d'unir une nation divisée, je ne peux donc pas accepter l'invitation.

— Judit Polgár

Elle a qualifié l'offre de « l'honneur de ma vie » et a déclaré être « immensément reconnaissante » que Magyar ait cherché une figure indépendante et non partisane, malgré le fait que son parti Tisza détienne une majorité constitutionnelle de 141 sièges sur les 199 que compte le Parlement.

Une séquence politique rapide

La présidence est devenue vacante après que Tamás Sulyok, élu en 2024 par la majorité Fidesz fidèle à l'ancien Premier ministre Viktor Orbán, a signé le 17e amendement constitutionnel samedi 18 juillet. L'amendement, adopté par la majorité des deux tiers de Tisza, a mis fin au mandat de Sulyok lui-même. Magyar avait d'abord demandé à Sulyok de démissionner après sa victoire électorale d'avril ; face au refus de Sulyok, Tisza a utilisé sa supermajorité pour réécrire la Constitution et le forcer à partir.

Chronologie : la vacance de la présidence hongroise
12 avr. Le parti Tisza bat Fidesz ; Péter Magyar devient Premier ministre
18 juil. Le président Tamás Sulyok signe le 17e amendement constitutionnel mettant fin à son propre mandat
19 juil. Magyar annonce Judit Polgár comme candidate à la présidence
20 juil. Polgár décline la nomination ; Ágnes Forsthoffer devient présidente par intérim
20 août Fête nationale hongroise ; le Parlement devrait élire un nouveau président avant cette date

Dans les dernières heures précédant la signature de Sulyok, Magyar a publié un laconique « tic-tac, tic-tac » sur Facebook, présentant le bras de fer institutionnel comme un compte à rebours. Sulyok s'est exécuté, bien qu'il ait officiellement enregistré son opposition. La présidente de l'Assemblée nationale, Ágnes Forsthoffer, assure l'intérim de la chef de l'État depuis le 20 juillet. Selon la loi hongroise, le Parlement doit élire un nouveau président dans les 30 jours, les députés devant voter avant la fête nationale du 20 août.

La réponse et les excuses de Magyar

Magyar, qui avait annoncé la candidature de Polgár dimanche 19 juillet, a accepté sa décision dans un message publié sur les réseaux sociaux lundi. Il l'a remerciée d'avoir sérieusement envisagé la proposition et a salué son ouverture, sa sincérité et la dignité avec laquelle elle a géré la situation.

Je suis désolé si des erreurs de communication causées par mon enthousiasme et ma confiance inconditionnelle ont contribué à la situation et à sa décision. La responsabilité de ces erreurs m'incombe entièrement.

— Péter Magyar

Seize scientifiques, artistes et athlètes hongrois avaient publiquement soutenu la candidature de Polgár, la décrivant comme une penseuse stratégique dotée d'un fort sens des responsabilités. Mais des critiques ont émergé quant à la rapidité du processus : Magyar s'était engagé samedi à mener une recherche ouverte et démocratique de candidats, puis avait soutenu Polgár moins de 24 heures plus tard. Certains commentateurs se sont également demandé si une personne sans expérience politique préalable pourrait faire face aux exigences de la présidence.

Qui est Judit Polgár ?

Polgár est la seule femme à avoir jamais intégré le top dix du classement mondial des échecs, un sport longtemps dominé par les hommes. Elle est devenue la plus jeune grand-maître de l'histoire à 15 ans et a battu le champion du monde Garry Kasparov en septembre 2002. Quintuple championne olympique, elle a reçu l'Ordre de Saint-Étienne de Hongrie et a récemment été élue membre du Christ's College de l'Université de Cambridge. Un documentaire sur sa carrière, « Queen of Chess », est sorti en février 2026. Elle a constamment plaidé pour l'égalité des chances entre les femmes et les hommes dans l'éducation, l'emploi et le sport, mais n'a jamais occupé de fonction politique.

La suite

Le politologue Gábor Török a décrit l'échec de cette nomination comme la première défaite du nouveau gouvernement depuis que Fidesz et Viktor Orbán ont été écartés du pouvoir le 12 avril. La cheffe du groupe parlementaire Tisza, Andrea Bujdosó, avait confirmé lundi matin le soutien unanime du parti à Polgár, rendant le revirement du soir particulièrement brutal. Magyar a déclaré que Tisza examinera les propositions au cours de la semaine à venir pour prendre une « décision responsable ». L'identité du prochain candidat reste floue.

Il y avait un plan, le Premier ministre l'a approuvé, le groupe l'a soutenu à l'unanimité, mais tout s'est effondré. Il serait bon de savoir si une décision a finalement été prise après avoir vu les réactions, ou si la candidate a décidé seule, même si cela ne change pas le fond de l'affaire.

— Gábor Török
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Sources