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Singapour menace de poursuites dix entreprises à cause des incendies indonésiens
Singapour a menacé de poursuites judiciaires dix entreprises qu'il dit liées aux incendies indonésiens, alors que les manifestations étudiantes s'amplifient en Indonésie et que près de deux millions d'hectares ont brûlé cette année.
Singapour passe à l'offensive contre les entreprises
Le gouvernement singapourien a menacé de poursuites judiciaires dix entreprises, dont plusieurs sont étroitement liées à la cité-État, qu'il désigne comme responsables des incendies indonésiens à l'origine du nuage de fumée. Les autorités ont aussi demandé si d'autres sociétés cotées à la Bourse locale pouvaient être impliquées, et averti qu'elles pourraient être touchées via leurs profits, leur accès au financement et leur réputation auprès des investisseurs. La base juridique est la loi de 2014 sur la pollution transfrontalière par la brume (Transboundary Haze Pollution Act), qui permet des poursuites pénales contre les entreprises jugées avoir contribué à des incendies générant ce nuage, avec des amendes pouvant atteindre S$100 000 (US$78 000) par jour, plafonnées à S$2 millions (US$1,6 million) par condamnation. L'application de la loi a d'abord été bloquée, le ministère de l'Environnement indiquant que son homologue indonésien n'avait pas fourni les informations nécessaires pour engager des poursuites. Singapour a désormais émis dix mises en demeure préventives, demandant aux entreprises d'éteindre les feux sur leurs terres, de cesser les brûlis et de soumettre des plans d'action, le non-respect de ces obligations les exposant à des poursuites et à des amendes. Le ministre principal K. Shanmugam a souligné que les parties responsables devaient être identifiées.
Liens financiers et limites de l'application
Les incendies sont attribués aux pratiques de brûlis des producteurs de papier et d'huile de palme, et un puissant phénomène El Niño a fait monter les températures et réduit les précipitations dans toute l'Indonésie. Ivan Png, de l'Université nationale de Singapour, qui plaide pour des lois plus strictes sur le nuage de fumée, estime que ces entreprises dépendent de Singapour pour leurs capitaux et leur financement, ce qui, selon lui, devrait les inciter à écouter le gouvernement.
on pourrait penser que cela les inciterait à prêter attention à ce que dit le gouvernement
Le différend risque aussi de créer une brouille avec l'Indonésie, qui a jusqu'ici répondu à la pression par ses propres accusations.
La réponse indonésienne et la dispute sur les causes
Le président Prabowo Subianto a condamné les pays qui, selon lui, insultent la nation indonésienne, et ce qu'il a qualifié de terrorisme environnemental, qu'il a associé aux personnes mettant le feu délibérément. Il a déclaré que les causes n'étaient pas exclusivement naturelles, que des habitants avaient détenu plusieurs personnes accusées de brûlis délibérés et que de nombreuses entreprises portaient une responsabilité. Il a promis de nommer les entreprises concernées ultérieurement, sans nommer ni entreprises ni pays. L'organisation environnementale WALHI a indiqué avoir cartographié les points chauds à partir des données de la Nasa et constaté qu'environ 50 % des points chauds à haute confiance se situaient à l'intérieur de concessions d'entreprises ; son rapport de ce mois recense 40 concessions forestières et de palmier à huile. La militante Umi Ma'rufah a déclaré à l'AFP que les incendies ne peuvent être dissociés des pratiques des entreprises, qu'elle décrit comme un problème structurel. Les données de Nusantara Atlas situaient la surface brûlée cette année à près de deux millions d'hectares au jeudi 22 octobre, tandis qu'Al Jazeera faisait état de plus de 2 millions d'hectares et SIC de 19 200 kilomètres carrés.
Manifestations et pression politique
Selon El Confidencial, les manifestations ont commencé le lundi 19 octobre et se sont étendues à plus d'une demi-douzaine de villes, dont des localités de Bornéo. Le mardi 20 octobre, des militants de Greenpeace Indonésie ont déployé des banderoles depuis un monument de 30 mètres à Jakarta, puis des centaines d'étudiants de Jakarta, Yogyakarta, Bandung et Makassar ont envahi les rues. Ils réclament notamment que les incendies soient déclarés catastrophe nationale, que les entreprises responsables soient poursuivies, des mesures contre la hausse des prix, une limitation du rôle de l'armée dans les affaires civiles et la fin de la corruption. Des étudiants de Kalimantan et de Sumatra se sont heurtés à la police, et les manifestants ont pris Prabowo pour cible à l'occasion du deuxième anniversaire de sa présidence. Un récent sondage cité par The Jakarta Post plaçait sa cote d'approbation à 44,5 % en octobre, son niveau le plus bas depuis sa prise de fonction.
| 19 oct. | Début des manifestations, qui s'étendent ensuite à plus d'une demi-douzaine de villes |
|---|---|
| 20 oct. | Des étudiants de Jakarta, Yogyakarta, Bandung et Makassar descendent dans les rues |
| 22 oct. | Les données de Nusantara Atlas situent la surface brûlée cette année à près de 2 millions d'hectares |
Santé, justice et région
Des habitants de Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo, ont pressé le gouvernement de renforcer la lutte contre les incendies, et un tribunal de Pontianak a commencé à examiner la recevabilité d'une action collective contre l'État. La plainte, déposée par des habitants d'une province d'environ six millions d'habitants, accuse le gouvernement de négligence, d'omission et de défaillances qui, selon elle, ont provoqué une grave crise de santé publique. Le militant Achmad Mundzirin, 36 ans, de Pontianak, a déclaré que cette affaire exigeait que l'on rende des comptes sur la gestion des incendies de forêt et de terres. SIC a rapporté que plus de 280 000 personnes ont été diagnostiquées avec des problèmes respiratoires, et les autorités n'ont pas publié de bilan des décès. La fumée a atteint des niveaux dangereux en Malaisie, à Singapour et au Timor oriental, poussant l'ASEAN à convoquer une réunion sur la crise. Les dirigeants voisins ont proposé leur aide plutôt que des critiques ouvertes, même si le député malaisien Syed Saddiq Syed Abdul Rahman a estimé que les incendies indonésiens devraient être traités comme des parias de la région. L'accord de l'ASEAN de 2002 sur la pollution transfrontalière par la brume est juridiquement contraignant mais ne dispose d'aucun organe judiciaire d'application, et son bureau de coordination à Jakarta n'a ouvert qu'en avril 2026.
Heng Kiah Chun, stratège de campagne pour Greenpeace Asie du Sud-Est, a déclaré à Al Jazeera que la réponse n'avait pas traité les causes profondes.
Si ces efforts sont nécessaires, ils n'ont pas suffisamment traité les causes profondes, notamment la destruction des forêts et des tourbières, des pratiques d'utilisation des terres non durables et une responsabilité des entreprises insuffisante
À Singapour, la qualité de l'air a été classée comme très malsaine en octobre, parfois la pire au monde selon IQAir, avec des événements en plein air annulés et une forte hausse des admissions à l'hôpital pour troubles respiratoires.
Sources
- Singapore goes after companies over toxic haze
Financial Times News · 22 oct. - Presidente indonésio ameaça revelar empresas ligadas aos incêndios
Notícias ao Minuto · 22 oct. - Indonesia no puede respirar: la nube tóxica que ha desatado el malestar y pone a Yakarta contra las cuerdas
El Confidencial · 22 oct. - Indonesian students clash with police as protests over toxic haze escalate - video
The Guardian · 22 oct. - Indonésia enfrenta maior vaga de incêndios em 11 anos e estudantes saem à rua contra a poluição
SIC Notícias · 22 oct. - Southeast Asia's toxic haze spurs calls for legal action against polluters
Al Jazeera Online · 22 oct. - Krisis Kabut Asap di RI, 10 Perusahaan Disorot Singapura
Deutsche Welle · 22 oct. - En Indonésie, la colère étudiante gronde contre le gouvernement
Courrier international · 22 oct.